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Au sortir d’un rendez-vous avec le propriétaire d’un appartement, Hassan. A, cadre de banque, en est à sa vingt-deuxième tentative de recherche de logement pour location. Comme les premières, cette tentative s’est soldée par un échec. Depuis plus de trois mois, durant lesquels il a sillonné les plus grands quartiers de Casablanca où se trouve une offre respectable d’appartements moyen et haut standings, il traque les annonces dans les journaux, repère les bonnes occasions que lui conseillent ses amis et va jusqu’à faire du porte-à-porte lorsqu’il aperçoit un avis de location en passant sur un boulevard. « Il y a deux grandes catégories de propriétaires: ceux qui refusent de louer leurs appartements aux Marocains sous prétexte qu’ils sont insolvables et ceux qui imposent une avance qui correspond à un an de loyer», nous explique ce jeune Marocain de 35 ans, qui ne désespère pas de trouver un jour l’appartement qui lui convient. Une déclaration avec laquelle Samir Benmakhlouf, président de la filiale marocaine de Century 21, un réseau international d’agences immobilières, présent dans 56 pays, ne semble pas être d’accord. Pour lui, il existe 123.000 biens immobiliers vides à Casablanca, c’est-à-dire non exposés à la location. Un nombre colossal qui correspond à 18% des biens immobiliers qu’abrite cette grande métropole économique vers laquelle migrent encore plus de Marocains venus de toutes les régions du pays. Au plan national, le nombre de biens vacants s’élève à 750.000, selon une étude réalisée par l’agence immobilière Century 21, sur la base des statistiques fournies par le ministère de l’Habitat.
 Samir Benmakhlouf, président de Century 21 au Maroc. Le dénouement doit venir des compagnies d’assurance.
Méandres Comment alors loger toute cette population à la recherche de biens à louer? s’interroge Samir Benmakhlouf, visiblement irrité par cette grave crise de logements qui ne cesse de s’aggraver. À Casablanca, comme récemment à Marrakech, à Rabat ou même à Agadir, on compte par millions les gens désireux de louer des biens immobiliers. « Malheureusement, leurs besoins, paraît-il, ne seront jamais satisfaits », estime M. Benmakhlouf. Et pour cause, ce dernier avance que le plus grand facteur de blocage à l’origine de cette crise, c’est l’absence de produits d’assurance pouvant garantir aux propriétaires le paiement régulier de leurs loyers. Depuis plusieurs années, ces derniers prennent en otage leurs propriétés immobilières et refusent de les donner en location par peur de ne pas être payés à temps et régulièrement. Ils sont également craintifs à l’idée de se retrouver longuement embourbés dans les méandres de la justice à chaque fois qu’ils souhaitent récupérer leurs biens. Lenteur Ce manque de garanties pour le propriétaire pousse donc celui-ci à se méfier des locataires et préfère fermer son bien plutôt que de « le perdre pendant longtemps», selon le commentaire d’un propriétaire à Casablanca. Ce dernier dit avoir mis trois ans à poursuivre un locataire parce qu’il refusait de payer ses loyers, suite à la perte de son emploi. Au Tribunal de première instance de Casablanca, les dossiers judiciaires rapportant des conflits entre propriétaires et locataires se comptent par milliers. « Chaque jour, plusieurs dizaines de plaintes sont déposées chez le procureur du Roi, émanant de propriétaires mal-en-point et angoissés à l’idée de dépenser des fortunes pour expulser un locataire», nous déclare un avocat, membre du barreau de Casablanca. Car, aller en justice pour récupérer son dû ou carrément expulser un locataire signifie d’énormes honoraires d’avocat et d’éventuelles indemnités à verser. Il faut dire que la loi marocaine est du côté du locataire et le protège contre les abus du propriétaire. « Expulser un locataire n’est pas chose aisée. Le propriétaire doit présenter des raisons valables comme le non-paiement des loyers, sinon sa requête ne sera pas acceptée», nous explique Abdallah Boujida, président du tribunal de première instance de Casablanca. Ce juge, qui avance avoir fourni beaucoup d’efforts pour traiter les dossiers litigieux dans des délais très rapides, ne manque pas de signaler la fermeté de la justice à l’égard des mauvais payeurs. «Évidemment, la lenteur d’exécution des jugements, pointée du doigt comme étant l’une des grandes failles du système judiciaire, n’a lieu que si le locataire disparaît ou change son adresse », tient à préciser Abdallah Boujida, excédé par les nombreuses critiques émises à l’endroit des tribunaux marocains. Quoi qu’il en soit, la crise de location persiste dans tout le Maroc et pas seulement dans le segment des résidences d’habitation. Elle touche également, et d’une manière tout aussi grave, le segment des locaux commerciaux. Sinon, comment expliquer l’échec des plus grands complexes commerciaux comme celui de Twin Center à Casablanca et bien d’autres centres dans plusieurs villes du Maroc ? se demande Samir Benmakhlouf. « Dans ces centres, censés constituer des vitrines commerciales rayonnantes pour la ville, on trouve plusieurs magasins fermés, sans exploitation aucune, gâchant les visites des clients par cette image très peu reluisante », ajoute-t-il. Cette situation n’est pas propre aux complexes commerciaux, mais à tous les grands boulevards de la métropole, où des locaux mesurant plusieurs milliers de mètres carrés sont fermés. Pourquoi une telle situation ? Samir Benmakhlouf lui donne une explication : « Tous les propriétaires ne préfèrent pas louer leurs locaux, mais ils préfèrent les vendre ». Or, pour un entrepreneur, un local coûte énormément d’argent qui peut être investi dans autre chose que les murs. Notamment dans le savoir-faire, la technologie et les ressources humaines. Cette situation fait perdre à l’économie marocaine d’énormes opportunités, sans compter les conséquences de cette crise sur les usines, qui ont de plus en plus de mal à trouver des dépôts pour exposer ou vendre leurs produits. Alors, de l’avis de plusieurs spécialistes de l’immobilier, dont Samir Benmakhlouf, le dénouement de cette crise doit provenir des compagnies d’assurance et rien que de l’assurance. Mais, paraît-il, toutes les compagnies marocaines d’assurance ont refusé de couvrir ce secteur, qui, d’après leurs experts, souffre de plusieurs maux. À quand donc la fin du calvaire des locataires ?
Parut dand Maroc Hebdo
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